La maison d'alzaz ou le blog de l'écologie

25 juin 2009

L’écologie, une histoire d’histoires

Le chat, le trèfle et le bourdon

Trèfle et bourdonDarwin, en fin observateur du monde vivant, décrivit, dans son célèbre et révolutionnaire ouvrage « De l’origine des espèces par voie de sélection naturelle » (1859), une histoire qui paraît caricaturale aujourd’hui.
Il constata en effet que la reproduction du trèfle des prairies dépendait strictement des bourdons, seuls à posséder une langue adaptée à la conformité de ces fleurs et à pouvoir les féconder.
Or, les nids et les rayons à miel des bourdons sont systématiquement détruits aux 2/3 par les mulots des champs. C’est un risque pour le trèfle et il ne faut pas oublier que la prairie nourrit les bœufs, source unique de protéines pour les marins de Sa Majesté britannique.
C’est là qu’entre en jeu le chat ; il chasse les mulots et, c’est en voyant les prairies proches de villages fournis en félins, plus grasses en trèfle rouge que les autres, que Darwin en vint presque à conclure que la puissance maritime anglaise était tributaire du sort fait aux chats !

La vérité est, qu’aujourd’hui, le bourdon est sensible aux pesticides qui n’existaient pas du temps de Darwin. Le défrichement en a également supprimé quelques espèces en Europe.
Varraoa jacobsoniDeuxièmement, les hyménoptères (groupe des abeilles, guêpes…) subissent depuis les années 1980 les attaques répétées d’un acarien microscopique (famille des araignées) : le Varraoa jacobsoni (varroa). C’est un parasite des larves, des adultes et il détruit facilement la ruche entière. L’ensemble des hyménoptères risque la disparition pure et simple.
Plus d’abeilles ou de bourdons et nous serions obligés de féconder les fleurs une par une et à la main. Ne rigolez pas, cela a lieu en Chine.
Quelques gestes sont faits… par les citadins britanniques ! Ils sèment des fleurs mellifères (étymologiquement « porteuses de miel ») dans leurs jardins et certains y mettent même une ruche. Pendant ce temps, la matière active phytopharmaceutique (pesticide) incriminée continue à être produite et vendue sur le marché.
En France, les militants écologistes demandent que l’on sème ce genre de fleurs au lieu des jachères.

Panique en Jamaïque

RatLorsqu’en 1494 Christophe Colomb découvre la Jamaïque, il y trouve une immense forêt n’abritant aucun prédateurs carnassiers. L’île est peuplée d’indiens Arawaks.
En 1520, les Espagnols décident d’y planter de la canne à sucre ; commence alors un défrichement en règle de la forêt, ce pendant un siècle. Le travail est fait par les premiers esclaves noirs.
L’île, soumise à un important trafic maritime, est très vite envahie par des rats. Trois espèces se sont introduites qui détruisent les cultures de canne à sucre.
Comme le seul ennemi des rats présent sur l’île est un serpent, on espère que la nature réparera cette sale erreur humaine. Peine perdue, le serpent jaune de Jamaïque ne fréquente pas les cultures.

Bufo marinusC’est le premier cas connu de déséquilibre naturel à cause humaine, mais il y en a eu sûrement d’autres avant. La fourmi de Cuba (Formica omnivora) est connue pour dévorer les nids de rats. On l’importe donc en Jamaïque. A leur tour, elles prolifèrent sur toute l’île sans que les rats n’en soient gênés.
On introduit le furet que le serpent jaune éliminera, puis Bufo marinus, un crapeau d’Amérique latine qui, malheureusement, préférera les insectes aux rats. De plus, ce dernier n’a aucun prédateur tant il est venimeux.
Vers la fin du XIXème siècle, les quatre espèces de rats invasives se portent à merveille, assistées, pour les dégâts commis, par le serpent jaune, la fourmi de Cuba et le crapaud.
On décide alors une nouvelle introduction, celle d’un supposé prédateur efficace : la mangouste de Calcutta. Mal en prendra aux rats de l’île, sauf les rats noirs qui deviennent arboricoles (vivent dans les arbres), échappant ainsi aux mangoustes, se mettant à pulluler.

MangousteLes mangoustes, ça mange beaucoup. Elles se mettent donc à s’attaquer aux espèces indigènes. C’est ainsi qu’ont disparu les solénadons, les troglodytes, les merles moqueurs, les lapins de Jamaïque, les lézards terrestres, les colombes qui nichent à terre… Une hécatombe qui pousse à devoir mettre constamment sous protection les chatons, les chiots, les poussins ou les cannetons dont sont friandes les mangoustes.
Lorsqu’on apprit qu’en plus les mangoustes étaient de bons vecteurs de la rage, on employa les grands moyens et la tête de la mangouste fut mise à prix. On usa alors d’appâts empoisonnés…

Les envahisseurs

Les échanges commerciaux ont permis de multiples invasions par des espèces animales ou végétales allochtones (étrangères, contraire d’autochtones) qui ne trouvent en général aucun régulateur ou prédateur à l’endroit où elles débarquent. Leur expansion en fait en général un fléau.

Hors Europe :

Lapin avec myxomatoseL’exemple le plus connu est celui de l’Australie. Là-bas, il n’y avait pas de mammifères placentaires (les normaux) mais seulement des mammifères marsupiaux (à poche ventrale). Un agriculteur, certainement nostalgique de sa Grande-Bretagne natale, y rapporta quelques couples de lapins. En 6 ans, les 27 lapins introduits étaient 22 millions ! Colonisant les 2/3 du continent australien, les lapins contribuèrent à l’érosion de l’île et mirent en péril toute l’économie de l’élevage ovin et bovin. Ignorant l’exemple jamaïcain, on pensa que le renard ferait l’affaire pour débarrasser l’Australie des lapins (tout au moins limiter leur propagation). Une véritable catastrophe pour la faune marsupiale locale.
En 1950, le génie humain osera contaminer les lapins australiens avec un virus plus qu’efficace (virus de Sanarelli) puisque 90% des rongeurs furent décimés par la myxomatose. Malheureusement, le virus a circulé, sortant d’Océanie pour rejoindre la France en 1952, dont le département d’Eure-et-Loir sera le premier touché. Ce virus infectait les lapins, presque disparus à cette époque, mais pas le lièvre qui en a profité pour pulluler.

Actuellement, c’est l’abeille africaine, introduite en Amérique latine par des apiculteurs, qui pose de graves problèmes. C’est une espèce hyper-agressive qu’on a nommé depuis l’abeille tueuse. Seul le froid l’empêche de remonter au-delà du Texas et il n’y a aucune solution pour en venir à bout une fois l’erreur commise.

Jacinthes d'eau sur le NilDans le monde végétal, on commence à entendre parler de la Jacinthe d’eau (Eichornia crassipes) originaire d’Amérique tropicale. Exportée de ce continent au XIXème siècle, elle a envahi depuis les îles pacifiques et le continent africain, touchant plus de 50 pays et couvrant l’intégralité des plans et des cours d’eau, empêchant les pêcheurs de naviguer. Depuis, on sait que cette plante peut être exploitée comme purificatrice des cours d’eau ou encore comme source d’énergie (biomasse convertible).

En Europe :

Je ne parlerai pas du Phylloxera (puceron du sol) importé d’Amérique et qui a détruit quasiment l’ensemble du vignoble français, nous obligeant à user depuis de porte-greffes américains. Je ne ferai qu’évoquer le cas du doryphore, insecte originaire du Colorado, arrivé en 1917 en Europe, avec les soldats américains venus nous épauler. Idem pour le mildiou qui fit mourir, en 1830, 2 millions d’Irlandais en ravageant les champs de pommes de terre. Il y a moultes exemples d’invasion par introduction à citer : rat musqué, rat américain, surmulot scandinave, grenouille américaine, poisson-chat, crabe chinois, écrevisse américaine, tortues de Floride, perche asiatique…

Caulerpa taxifoliaL’exemple de l’algue venue des lagons du Pacifique jusqu’à la Méditerranée est intéressant. Caulerpa taxifolia ou caulerpe, c’est son nom, n’apparaît qu’en 1984 au large de Monaco. Nul ne la connaissait en cet endroit. Le plus étrange est l’adaptation rapide de ce végétal marin, qui croissaient dans des eaux à 25°C, pour se développer sans problème dans nos mers à 18°C et moins. L’extension d’Italie aux Baléares ne peut être circonscrite. Les savants n’en savent encore pas assez pour lutter contre elle.
Vivant de 5 à 50 mètres de profondeur au moins, elle n’a pas d’ennemis naturels en Méditerranée et est extrêmement toxique. De fait, sa croissance Posidonies envahies par les caulerpesexceptionnelle lui permet de prendre la place de la flore marine indigène (herbiers à posidonies), déréglant jusqu’à la reproduction de la faune piscicole locale.
Après avoir mis au point des panneaux diffusant un algicide (produit anti-algue) assez efficace mais difficile à l‘usage, on a remarqué que la caulerpe ne supportait pas le cuivre ; des essais de traitement ont lieu à l’aide Limace mangeuse de caulerpede robots diffuseurs d’ions cuivre. Mais c’est une lutte qui coûte cher.
Les espoirs sont d’ordre écologique et passent par la lutte biologique : on essaye d’introduire deux espèces de limaces marines originaires des Antilles (Elysia subornata et Oxynoe azuropunctata) aspireuses spécifiques du cytoplasme des cellules de cette algue. On espère simplement qu’une fois Caulerpa disparue, les limaces étrangères à notre écosystème disparaîtront d’elles-mêmes.

Le vertige de la vie

MultitudeLorsque la nature prolifère, c’est signe de déséquilibre et non de bonne santé. En pratiquant la monoculture et les échanges commerciaux, l’homme porte la majeure partie des responsabilités en ce domaine. Chaque espèce libérée par l’homme est une bombe biologique en puissance. Sans limitateurs, régulateurs, parasites, prédateurs, la vie est explosive : une bactérie double en nombre toute les 20 minutes seulement ; à la belle saison un pied de jacinthe aquatique en donne près de 700000 ; un couple de lapins donne 13 millions de lapins sur 3 ans ; un couple d’étourneaux 10 millions en 15 ans ; en un an une mouche pourrait avoir 5 milliards de milliard de descendants !
Nous étions peut-être 200 millions au temps de Jésus-Christ, 1 milliard vers 1850, 6 milliards en 1995… Nous serons 9 à 10 milliards vers 2050. Au total, 100 milliards d’humains auront vécu dans la Maison Terre. Il est temps de nous prendre en main.

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6 commentaires »

  1. Là-là…. ! Tu multiplies les blogs, je vois. Je me casse demain au Brésil, participer au vroum-vroum de cet essaim d’avions. Pas écolo, hein?!

    Commentaire par Blaise — 26 juin 2009 @ 9 h 36 min | Réponse

  2. Les avions, il en faut. Je ne prône pas le retour à la bougie ou au suif…

    Bon voyage et prends soin de toi. Salut les frères brésiliens et autres de ma part. Ils me connaissent bien.

    Commentaire par alzaz — 26 juin 2009 @ 21 h 05 min | Réponse

  3. Tu parles comme un livre. Un livre passionnant, bien sûr!

    Commentaire par Pangloss — 28 juin 2009 @ 11 h 25 min | Réponse

    • Je m’aide de mes livres d’étudiant. J’ai vaguement les idées en tête mais depuis que je n’enseigne plus j’ai besoin de rafraîchissements fréquents.
      J’ai par exemple oublié les 4/5 des noms de plantes que je connaissais… Shame on me

      Si j’entame ce blogue, c’est aussi que je possède un bouquin assez récent que je n’avais jamais ouvert ; ça m’en donne l’occasion. Toute ma trame s’y trouve en terme de plan de lecture. J’y mettrais la touche alzaz, sinon personne n’y comprendra rien et ce sera trop livre à endormir. Nul n’en veut sur le Ouèbe.

      Commentaire par alzaz — 28 juin 2009 @ 13 h 39 min | Réponse

  4. […] Contenu 1 (texte du guide illustré…) […]

    Ping par Versant-Nature | Du nouveau… — 27 janvier 2013 @ 7 h 28 min | Réponse

  5. […] Contenu 1 (texte du guide illustré…) […]

    Ping par Versant-Nature » Du nouveau… — 25 février 2013 @ 18 h 13 min | Réponse


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